La finance est la branche de l'économie qui modélise le comportement des individus dans des situations risquées. La composition des portefeuilles d'actifs financiers et particulièrement d'actions est typique d'une telle situation. Depuis ses origines il y a presque un demi-siècle, les chercheurs du domaine supposaient que les individus sont rationnels. Or, comme l'ont montré les travaux de Daniel Kahneman, lauréat du prix Nobel d'économie en 2003, et ceux de bien d'autres auteurs, la rationalité de l'individu est une hypothèse pour le moins contestable. Devons-nous en conclure que l'homo oeconomicus est une créature irrationnelle ? Pour répondre à cette question commençons par rappeler ce que la rationalité signifie en finance traditionnelle. Un mathématicien et un économiste, Johnny von Neumann et Oskar Morgenstern, publiaient en 1952 un article où ils démontraient qu'un individu qui, dans ses choix risqués, suit cinq axiomes dits de rationalité, se comporte comme s'il maximisait l'espérance mathématique d'une fonction dite d'utilité (ordinale). Les axiomes en question sont faciles à admettre puisqu'ils supposent, par exemple, qu'un individu peut ordonner ses choix, que ceuxci sont transitifs et qu'il est indifférent entre choisir un investissement risqué et une somme certaine dont il détermine le montant. Par la suite, en avançant des arguments « psychologiques » les chercheurs en finance ont admis que les préférences d'un individu ne se modifient pas au cours du temps mais aussi qu'elles traduisent une aversion pour le risque qui, en termes relatifs, décroît avec la richesse du décideur. Notons également que dans l'optique de von Neumann et Morgenstern l'individu se représente tout choix risqué sous forme d'un ensemble de résultats atteints, chacun avec une probabilité connue (pouvant être subjective).
Propos rassemblés par Mathieu Laine et Yorick de Mombynes.