Institut Turgot au service de la liberté
Ralph Harris

Ralph Harris

par Guy Millière

Un grand homme et un grand défenseur de la liberté a disparu voici peu. Il s’appelait Ralph Harris. Il a été directeur général de l’Institute of Economic Affairs pendant trente ans, de 1957 à 1987 et a très largement contribué à en faire l’un des think tanks les plus importants et influents de la seconde moitié du vingtième siècle.

Sans lui, et sans le travail de l’IEA, Margaret Thatcher n’aurait pu ni proposer ni mettre en œuvre le programme de réformes profondes qui ont marqué son passage au poste de Premier Ministre du Royaume-Uni, et qui ont permis au pays de passer de la décrépitude étatiste et socialiste où il gisait à un nouveau dynamisme et à une entrée dans l’économie mondialisée du siècle qui commence. En signe de gratitude, celle qui a elle-même été l’une des personnes politiques les plus marquantes des dernières décennies a élevé Ralph Harris au rang de membre de la Chambre des Lords sous le nom de Lord Harris of High Cross.  Il y siégeait en tant que membre non aligné.
Dans une phase plus récente de sa vie, Ralph Harris   a consacré ses efforts à la mise sur pied et au renforcement du "Groupe de Bruges", organisation consacrée au combat contre les visions fédéralistes, étatistes et bureaucratiques de l’Europe, et à la fondation de la FOREST, Organisation libre pour le droit de fumer du tabac.

D’origine modeste, il a gravi un à un les échelons de la société britannique. Il a, par ses seuls mérites, accédé à l’Université de Cambridge où il a étudié l’économie avant de devenir enseignant à l’Université de St Andrews, en Ecosse. Il est alors devenu chroniqueur pour le journal Glasgow Herald. Ses qualités intellectuelles ont attiré l’attention d’Antony Fisher. Celui-ci avait lu La Route de la Servitude de Friedrich Hayek dès 1945 et avait été convaincu par Hayek lui-même, qu’il avait rencontré, de l’importance du travail des idées pour quiconque veut préserver la liberté. Après avoir fait fortune, et impressionné par le travail de la Foundation for Economic Education aux Etats-Unis, Fisher a créé l’IEA, avec pour finalité d’expliquer les vertus du « libre marché » au grand public et aux décideurs : il a engagé immédiatement Ralph Harris, puis Arthur Seldon, disparu en 2005. La situation était très difficile, les dogmes dénoncés par Hayek étaient omniprésents. Au bout d’un quart de siècle de travail opiniâtre, et au vu d’une situation qui ressemblait aux pires prédictions de ceux qui n’avaient cessé de dire que le socialisme conduisait non seulement à l’asservissement des êtres humains, mais à leur appauvrissement, le combat a porté ses fruits.

Ralph Harris, et cela a largement contribué au succès de l’IEA, n’était pas seulement un intellectuel de haute volée, mais un polémiste qui n’hésitait jamais à se montrer « politiquement incorrect » pour déstabiliser ses adversaires et mettre au jour l’inanité de leurs positions. Je le rencontrais régulièrement lors de réunions d’économistes et de penseurs libéraux. Nous avions des conversations toujours intenses et fécondes. Il me manquera, comme il manquera à tous les amis de la liberté sur cette terre.



Ecrit par Guy Millière
Le : 18/11/2006

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