
Marianne Binst a ainsi révélé que le gaspillage le mieux connu du système de santé étatisé à la française se reproduit à tous les niveaux : on sait bien, en effet, que les Centre Hospitaliers Universitaires sont en surnombre, parce que les élus en exigent un au moins dans chaque capitale régionale, et plusieurs dans les grandes villes.
Cependant, ces établissements ne sont pas les seuls à accomplir des tâches qui seraient mieux assurées par des fournisseurs moins chers parce que moins équipés et moins polyvalents : c'est dans toute la profession que les échelons "supérieurs" sont hypertrophiés : si les Centres Hospitaliers Universitaires et usurpent la clientèle des Centres Hospitaliers Généraux, ceux-ci font à leur tour ce que devrait faire la médecine de ville. Quant aux médecins, 40 % de leur chiffre d'affaires concerne des maux du genre rhino-pharyngite, que le patient sait et pourrait bien mieux traiter lui-même.
C'est donc à tous les niveaux que les professionnels de la santé tirent la plus grande partie de leur revenu d'activités qui devraient être assurées par le rang inférieur.
Le résultat est que tout le monde est surqualifié pour ce qu'il fait, et d'ailleurs s'y ennuie. Le système est ruineux, et inefficace : l'expérience montre en effet que plus la décision est proche du patient, et meilleurs sont les résultats pour sa santé. Dans la plupart des cas, c'est-à-dire les plus bénins, le patient est même le mieux placé pour se soigner, et le développement des systèmes d'information et de recherche le lui permettra encore davantage à l'avenir.
Autre aspect de cette appropriation des décisions par le sommet de la hiérarchie, tout est fait, pour des raisons ostensiblement éthiques, pour empêcher la concurrence : même dans la médecine de ville où le mode de subventions n'institue pas a priori de monopole, les interdictions de publicité jouent ce rôle, car elles visent à empêcher le marché de fonctionner en censurant l'information sur les prix et sur la qualité des soins.
Pour l'économiste, seuls les plus mauvais peuvent tirer des rentes d'un tel système, qui abaisse sensiblement la qualité générale et augmente les prix.
Il n'est pas surpris non plus que les décisions soient prises à un niveau trop élevé : c'est une conséquence naturelle de la politisation des choix.
Il s'attendait aussi à ce que que les campagnes de "rationalisation" n'apparaissent que comme des simulacres à l'homme (ou à la femme) de terrain :
- à la seule personne qui ait réellement intérêt à faire des économies, à savoir le contribuable qui paie, le système non seulement interdit de refuser son argent mais dissimule la charge qu'il lui inflige, notamment en lui faisant croire que la plus grande partie en serait payée par d'autres : c'est le mythe des prétendus "avantages sociaux", en réalité pris sur les salaires ;
- en revanche, on lui donne la possibilité effective de dépenser sans compter dans un très grand nombre de cas, notamment ceux où la dépense est la plus lourde.
Selon Marianne Binst, malgré l'énormité des dépenses, les dirigeants du système préfèrent encore dépenser davantage à laisser s'installer une pénurie trop sensible dans la plupart des domaines.
- Enfin, la plupart des décisions d'équipement sont des choix politiques, et non guidés par la demande, tandis qu'on laisse des égoïsmes organisés interdire aux fournisseurs d'informer leurs clients sur la qualité et sur les prix: les tarifs internes du système n'y sont plus des prix, mais l'instrument et l'enjeu de luttes pour le pouvoir et l'argent.
Dans ces conditions, il ne faut pas être surpris de voir, installés dans le système français, des gaspillages comparables aux pelles en titane de l'URSS, ou des toilettes à 5 000 dollars du Pentagone : chaque fois qu'un système devient bureaucratique au point de ne plus tenir compte de ce qu'ont à dire ceux qui le paient, dépenser sans compter devient un principe d'organisation et, comme le Professeur Bernard Debré le faisait remarquer lors du Colloque de l'Institut Turgot à l'Assemblée Nationale le 9 décembre 2005, ceux qui font des économies savent très bien qu'ils facilitent seulement les gaspillages de ceux qui ne songent pas à en faire.
L'exposé de Marianne Binst fournit des exemples supplémentaires de désordres inhérents au système de santé français tel que l'a décrit l'étude du Professeur Migué sur la Santé, et il rejoint cette étude dans l'évocation du seul moyen possible de rendre au système la régulation qui lui manque : restituer à celui qui paie vraiment le pouvoir d'affecter directement son argent, à celui qui se fait soigner le pouvoir de choisir en toute connaissance de cause ceux qui le soigneront.
La solution proposée par l'Institut Turgot reste contraignante, dans la mesure où elle imposerait une franchise substantielle aux contrats d'assurance, et où elle lierait l'exemption fiscale des dépenses de soins médicaux à des comptes d'épargne-santé. Cependant, ces contraintes ne font que refléter l'expérience acquise jusqu'à présent au cours des tentatives faites, dans les pays plus libres, pour contenir la croissance des dépenses. Il est certain que de telles dispositions réduiraient la plupart des gaspillages, et probable qu'elles ramèneraient la croissance des dépenses à ce que l'évolution démographique permet de justifier. Il est non moins certain que le système actuel n'a aucune régulation, et que l'imposition de rationnements, politiquement impopulaire, ne pourrait au mieux qu'effacer des statistiques certaines aggravations de ses charges : il faut donc le changer.
Ecrit par Marianne Binst
Le : 10/05/2007
1 Contributions
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03/09/2007 Dagmar
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| Rendre son pouvoir au consommateur, la vraie réforme des systèmes de santé |
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la première démarche à faire pour empecher les gaspillages est de rendre aux "consomateurs" de la santé leur liberté de choisir son assureur et payer les cotisations- assurance maladie en fonctions des prestations et non en fonction des revenus. Cela aura immédiatement pour conséquence effondremment de toute institution-gaspilleuse, que ce soit un hopital ou notre chère CPAM. A ce titre je vous envoie sur le site de Claude REICHMAN, que vous connaisez certeinement: |